Ecole Wobrecken

Ecole Wobrecken

Ecole Wobrecken, Esch

Le bien-être à l’école

L’être commence avec le bien-être, Gaston Bachelard

Une architecture organique, cellulaire. Voici un bâtiment qui, vu du ciel, ressemble à un lézard, un animal dont les Aztèques admiraient la vivacité, symbole d’agilité et de sagesse contemplative, captant les chaleurs du soleil pour attiser le désir de savoir. Du solaire au scolaire. Un espace qui innove l’espace en se coulant entre les arbres pour mieux s’intégrer à la nature. Un espace qui se rassemble dans le mouvement, articulant clairement ses différentes parties, faisant lien entre les zones d’accueil qui le composent, s’organisant comme un organisme vivant, ouvert, offrant un nouveau souffle à l’institution scolaire. Un certain nombre de principes ont inspiré la conception architecturale de cette école.

Les voici.

L’école est un lieu de rencontre

Les enfants rencontrent d’autres enfants. Ils rencontrent leurs enseignants. Ceux-ci rencontrent les enfants mais aussi d’autres enseignants. Ils rencontrent les parents et ces parents rencontrent d’autres parents. Des liens se tissent, des amitiés se nouent, l’école au bord d’un quartier urbain le fait déborder de vie ; c’est un lieu qui s’anime en permanence.

L’école est un lieu d’éclosion

Les enfants sont remplis d’avenirs latents, de potentialités surprenantes, de talents cachés. Les ouvertures de l’espace participent activement à leur éclosion guidée, soutenue, soucieuse de préserver les évolutions fragiles de la vie et de la conscience. Se développer et s’épanouir en harmonie avec la découverte de la nature et des autres, tel est le défi que l’école relève en permanence.

L’école est un lieu de transformation

Il s’agit d’un espace qui protège le mouvement. Entre 0 et 4 ans, entre 3 et 6, puis entre 6 et 12, les enfants changent à des rythmes différents. D’abord très vite, puis plus posément. Ils grandissent. Toutes les cellules de leur corps se multiplient. Leur propre corps les poussent vers ce qu’ils deviendront, aussi bien physiquement que moralement. Ils courent vers eux-mêmes. Ils se transforment en permanence.

L’école est un lieu de vie

Accueillir la vie, assurer les continuités entre public et privé, entre l’individu et le groupe, entre la singularité subjective de chacun et l’appartenance à une communauté plus grande, entre la spontanéité de chacun et les contraintes d’une société adulte et raisonnable : l’école est le lieu de médiations et d‘équilibres qui, pour être préservés face aux changements du monde, doivent être réajustés en permanence.

Pour nous, l’école, c’est le souvenir d’un bâtiment gris, carré, une cour avec un arbre rabougri au milieu, un préau étroit où l’on est à l’étroit quand il pleut, de longs couloirs peints en jaune où l’on se bouscule devant les porte-manteaux se succédant les uns aux autres, des cris dans les escaliers à dévaler à toute vitesse, les crissements de la craie sur le tableau, la règle qui claque sur le bureau du maître. Pour nous, l’école, c’est le passé.

Pour ceux qui vont venir ici, dans ce bâtiment neuf, l’école, c’est l’avenir : les promesses d’une vie équilibrée, soucieuse de son propre bien-être et du bien-être des autres ; les attentes associées à un savoir incroyablement accessible, un savoir qui peut nous emmener dans toutes les directions. Un savoir apprivoisé par le numérique. Un savoir au bout des doigts et des yeux.

L’école devient un lieu de rendez-vous verdoyant. C’est là qu’après avoir déposé les enfants, on fait connaissance avec les voisins du quartier. Il pleut. Mettons-nous à l’abri sous le passage qui relie les deux parties de l’étage. L’école transforme la ville en village. Tout le monde se connaît. L’école donne une chaleur humaine, locale, aux froideurs de la ville anonyme. Le bâtiment s’offre comme une main tendue. Les arbres sont encore là tout proches, protecteurs. L’école change la texture de l’urbain. Elle nous y fait participer avec de petites plantations pédagogiques d’herbes aromatiques ici et là. Voyons si le thym et la sauge ont bien poussé, si le basilic et le romarin dégagent leurs parfums et si l’on peut déjà cueillir des feuilles de menthe.

Les salles de classe vont deux par deux. Elles se côtoient à travers des courbes partagées, à chacune son angle mais aussi des continuités, des portes qui s’ouvrent, comme des possibilités de liaisons et d’échanges. L’espace se veut flexible, aussi souple qu’une étoffe qui habille librement le mouvement, d’une salle à l’autre, jusqu’à la halle aux sports, à l’autre bout de ce petit monde, en toute tranquillité.  A chaque salle de trouver son propre style, son décor approprié, les secrets de sa convivialité particulière, son approche singulière de l’avenir.

Nous sommes dans le monde où le monde se découvre, s’offre à la curiosité naturelle des enfants, par la lecture et par l’image, par le dessin et l’écriture, par l’observation et les pratiques en atelier, par la musique et le chant, par le jeu également, tous les sens en éveil. De petits groupes se forment. La diversité nous oblige à l’échange. Il faut apprendre à être bien ensemble : apprendre, comparer, discuter le savoir pour mieux en saisir les complexités. Le resituer dans un contexte qui, comme l’architecture qui l’abrite, multiplie les perspectives. La diversité nous enseigne le respect mutuel. Elle nous enrichit.

 

Contexte urbain et social

Il faut un village pour éduquer un enfant  Proverbe sénégalais

 

L’école dans la ville

Nœud complexe, à la fois limite entre les strates d’évolution de la ville, entre différents quartiers à l’identité propre forte, au croisement des flux piétons et automobiles, le terrain s’inscrit dans le lien vert qui unifie la ville en la traversant. Le bâtiment renforce l’artère verte, lie les quartiers de ville par une porte urbaine comme l’école ouvre une porte sur le savoir et les autres.

L’école dans la communauté

L’école appartient au paysage urbain et social, mais ce n’est pas que pour les enfants. Il est important qu’autour d’eux se constitue une communauté éducative, pour que l’école soit un des éléments d’une collectivité territoriale. Parce que la communauté aussi participe à l’éducation, qu’il s’agisse des voisins, des résidents d’Elysis ou des visiteurs venus d’autres horizons pour dispenser d’autres savoirs.

Notre projet se noue autour d’une porte urbaine : une liaison visuelle et physique qui ouvre sur une place publique, vecteurs d’échanges riches et diverses. Les membres de la communauté croisent ceux qui traversent ou les habitants du quartier se découvrent puis se retrouvent, ou les parents accompagnent leurs enfants, passent le portail pour ensuite passer le relais à la communauté enseignante.

Cette perméabilité des espaces, des savoirs, des usages, des usagers se lit dans l’implantation du projet, dans les interactions créées avec des équipements publics qui sont accessibles en dehors des heures de fonctionnement : les cours de récréation et le parc imbriqués, la bibliothèque qui réponds à la politique de la ville de diffuser les livres, la salle de sport ouverte à tous, y compris pour des manifestations publiques qui débordent sur la place.

Ce caractère communautaire se retrouve dans le traitement des surfaces urbaines, pour prolonger le projet sur un espace public étendu et permet d’annoncer l’équipement au-delà du cadre réduit au bâti et aux cours de recréation

L’école dans le terrain

S’enrouler, se glisser dans l’espace vert en le respectant pour créer un dialogue avec les arbres, tel est un choix qui accompagne la forme et la matière du bâtiment et renforce l’importance du toit végétalisé comme façade à part entière Celui-ci permet de décoller l’espace vert, vital dans le tissu urbain et social, et le poser sur le  toit. L’artère verte est ainsi continue et visuellement perceptible par le mouvement souple de la toiture. La promenade piétonne du Dipbach est protégée du tumulte de la route par un écran végétal reprenant celui existant sur le terrain. Le cheminement, support de mobilité douce, devient souple et est reporté le long du bâtiment avec un vue sur les salles de construction et d’atelier. Le Dipbach, est lui aussi un élément fondateur de notre architecture : libéré de sa conduite forcée, il pourra ressortir en un étang, support d’activités naturelles et éducatives, point de rencontre aussi avec les habitants d’Elysis et des maisons de la rue Churchill : tous bénéficieront de la création du parc public perpendiculairement et en contrebas de la route. La colonne vertébrale du bâti longe le boulevard Grande-Duchesse Charlotte pour s’articuler en pleins et déliés vers le sud et le quartier Wobrécken sans tourner le dos ni à la route ni au quartier Nonnewisen par des vues, des parcours, des surprises et des arbres.

 

Volumetrie

We shape our buildings; thereafter they shape us. Winston Churchill

Sculpturale, l’école Wobrécken devient le bâtiment iconique d’un choix éducationnel, social et urbain fort. L’espace intérieur et extérieur est comme un troisième pédagogue : sa forme influe nos perceptions. L’éducation prend des formes diverses et décuplées par les savoirs de chacun, à partager et échanger librement à l’intérieur d’un mouvement continu. Cette continuité des échanges se retrouve dans le mouvement des espaces partagés, la rue intérieure qui lie les unités entre elles, avec la place, le parc et la ville. L’équipement et les unités se retrouvent dans un élément unique, qui permet de déambuler intérieurement dans tous les espaces et unités, et de préserver au niveau de la rue les liaisons urbaines. La porte est couverte, l’accès au hall de sport peut se faire aussi en passant en dessous ; la bibliothèque est ouverte au public, on traverse les places et les cours de récréation pour aller dans le parc ou on le contourne si l’envie nous en prend.

Le plan

Le bâtiment semble se balader dans la nature, être fait comme elle de formes arrondies qui invitent à plus de déambulations, lient les unités et les fonctions dans un bâtiment unique et offrent de nouvelles expériences de l’espace. Le volume général a été volontairement limité à deux niveaux principaux sur les boulevards et un niveau partiel en contrebas sur le parc et la cour, et ce afin de respecter l’échelle des maisons et ne pas impacter tel un mur depuis le boulevard GD Charlotte. Cette échelle reste humaine et l’implantation de la cour en contrebas permet d’exploiter la topographie du terrain.

Le toit

L’ondulation dynamique mais douce de la toiture permet de capter la lumière, et d’offrir pour le piéton et les voitures, la perception de la végétation, la continuité de la couronne verte des arbres, la fluidité des formes dans toutes les dimensions. Cet élément fondateur du projet est entièrement végétalisé et devient le vecteur d’activités nouvellement urbaines comme l’implantation de ruches et autres « urban gardens »

Les ouvertures

Le rez-de-chaussée concentre les espaces qui sont volontairement tournés vers l’intégration sociale et ouvert sur le public : la maison relais et ses salles d’activités manuelles, la salle de sport dans le dynamisme de la rue, la bibliothèque, l’espace des professeurs et de rencontre avec les parents. Ainsi les ouvertures créent l’invite, affichent clairement les liens physiques et sociaux proposés, y compris l’ouverture d’antenne des équipements publics décentralisés à l’implantation dans le quartier, telle la bibliothèque et le hall sportif à des idées nouvelles d’éclore.